Le monde n’est ni sage et ni prêt à tout entendre ! » Trois Momes Editions

Le monde n’est ni sage et ni prêt à tout entendre !

Tout récit a sa part de vérité. Celle-ci est pensée à partir de l’affaire Jérôme Kerviel.

Le monde n’est ni sage et ni prêt à tout entendre !

Il était une fois dans un royaume une statue qui faisait la joie et la fierté de ses habitants. Sans qu’ils l’aient jamais vue, ils lui vouaient un culte sans limite, allant jusqu’à la mettre dans un bâtiment surveillé par des gardes.
Un jeune homme très intelligent eut un jour l’occasion d’intégrer cette garde. Il en était très fier, et aidait à protéger la bâtisse au fil des jours. Il ne savait pas ce que contenait cet objet en or massif orné de pierres précieuses, ni quels étaient ses pouvoirs, et après tout, il s’en moquait. Ce qui comptait pour lui, c’était de le protéger.

Un jour, une fillette entra et passa toutes les barrières, de par sa petite taille. Elle répondit avec aisance aux questions posées par les gardes, trouvant ces énigmes fort simples. Elle voulait voir l’objet national. Elle était presque arrivée à ses fins, mais le jeune homme s’interposa. Elle protesta longuement.
– Comment ça, je ne peux pas la voir ! C’est autant ma statue que la vôtre ! J’ai répondu à toutes vos questions !
– Désolé, jeune fille, tu n’es pas autorisée à la voir ! Toutefois, nous te remercions de ta visite !
L’homme la prit par la taille et la mit sur son épaule tandis qu’elle se débattait, pestant et grognant. Il la déposa sur le sol, tapota sa tête, lui donna une sucette et la regarda s’éloigner alors qu’elle criait qu’ils étaient gouvernés par des imbéciles, tandis que les autres piétons se retournaient sur elle et l’observaient d’un air amusé.

Content de sa prestation, il remonta les étages en répondant aux questions obligatoires qu’il avait lui-même imposées, et sortit sa feuille de réponses au cas où il ne se souviendrait plus des mots de passe. Il entra dans la salle au bout d’une heure. Au moment où il entra, la vitre se brisa, l’objet précieux vola en éclats, et l’alarme se déclencha : il était pris sur le fait, sans qu’il comprenne ce qu’il avait fait, car il n’avait rien fait. Et il fut jeté en prison.

La fillette assista à son procès. Il fut accusé et promis à la prison à vie, sans remise possible. Tout le pays assista à ce débat. Il fut annoncé que les impôts seraient augmentés pour reconstruire la statue. Un grand économiste vint et appuya cette thèse. On allait en reconstruire une plus belle, en trouvant de belles pierres. La fierté nationale était en jeu. Un autre économiste encore plus réputé affirma que les impôts devaient être doublés. Il montra des cartes, et il accusa une fois de plus le jeune homme qui se savait condamné. Ce dernier, aminci, resta stoïque. La fillette se leva et demanda la parole : on la lui accorda.
– Excuse-moi, mais où sont passés l’or et les pierres précieuses ? Elles étaient parmi les éclats de verre, non ?
Le silence se fit. On ne comprit pas tout de suite la question, on s’interrogea, puis on fit sortit la fillette qui protestait et criait qu’on lui réponde.
Elle rentra chez elle. Sa mère venait d’éteindre la télévision. Après avoir préparé sa pâte à gâteau, elle l’enfourna puis se tourna vers sa fille :
– J’espère que tu as bien compris la leçon !  Le monde n’est ni sage ni prêt à tout entendre !

Fin

Firouzeh Ephreme