Les oisillons » Trois Momes Editions

Les oisillons

Mes souvenirs d’école

Les oisillons

C’est aujourd’hui que nous devons présenter nos rédactions. Une fois les enfants entrés dans la classe, la maîtresse attend que tout le monde soit assis, puis elle appelle Seb.
– Nous t’écoutons, dit la maitresse.
– Moi, mademoiselle ? Je commence le premier ?! s’étonne Seb, comme s’il venait  d’avaler une mouche.
– Il faut bien que quelqu’un le fasse ! À toi l’honneur. Nous t’écoutons.
Seb prend la feuille posée devant lui, puis se met face à la classe et dit :
– Ma rédaction s’intitule : “Le devoir et le cauchemar”. »
Il observe à nouveau la classe toute entière, puis lit sa feuille :
Depuis que je fréquente l’école, je me suis souvent demandé qui a eu cette folle idée de l’inventer, elle, mais aussi les devoirs qui vont bien évidemment avec. Mais qui en voulait donc autant aux enfants pour leur infliger une pareille punition ?! Pourquoi les parents insistent-ils également ? Il y a encore peu de temps, c’était la plus grande question de ma vie. Elle me hantait et m’agaçait sérieusement, sans relâche. Et j’étais arrivé à la conclusion suivante : l’inventeur de l’école devait avoir un esprit malveillant et aussi tordu que le vieux cordage d’un bateau de pirates ! L’individu en question devait avoir de graves problèmes ! C’est sûr !
Alors, pour éclaircir ce point obscur et trouver une réponse ferme et définitive, j’ai décidé de poser la question à mon père. À ce moment-là, je ne me doutais pas que cela allait m’engendrer des nuits de cauchemars.

Concernant mes parents, je savais que la journée était dure et qu’ils allaient couper court à la conversation, mais à mon grand étonnement, papa me raconta : Dans une forêt vivait un couple d’oiseaux qui avait des œufs. Au bout de quelques semaines de couvaison, les œufs ont éclos, les poussins sont sortis de leurs coquilles, et le couple d’oiseaux, comme tous les bons parents, a commencé à nourrir les petits. Il faut dire que là où ils vivaient, la nourriture était abondante, et les parents oiseaux aimaient si fort leurs oisillons qu’ils en oubliaient de leur apprendre à voler. Ils croyaient sûrement que leur amour était suffisant et qu’il pouvait les protéger pour toujours, m’expliqua papa. Les oisillons grandirent et devinrent de grands oiseaux, mais qui ne savaient pas voler !
Et mon père reprit son journal.
– C’est tout ?
– Oui, lança-t-il.
Pour moi, l’histoire n’était pas terminée, et la fin manquait, mais là, papa a secoué la tête, et je savais bien que ce n’était plus la peine d’insister. J’étais loin d’imaginer que mes problèmes allaient commencer ! Depuis, sans savoir pourquoi, je rêve d’oiseaux. Je me trouve dans la peau du petit oiseau qui grandit, qui grandit et qui n’arrive pas à voler. Un soir, j’ai même rêvé du maudit chat de notre voisin. Il était là et moi, dans ma peau d’oiseau, j’avais peur de lui. Je dormais mal, j’étais de plus en plus fatigué et le matin, j’avais du mal à me réveiller.
Un matin, je me suis levé à la hâte, et je suis descendu rejoindre mes parents. Et là, je ne sais pas ce qui m’a pris, je me suis retourné vers mon père, et je lui ai dit :
–  Ce n’est pas juste !
– Quoi donc ?! me demanda papa.
– Les oiseaux  ! Voyons!
– Oui ! Je le pense également !… Et c’est ce que j’ai dit à mon père, sourit papa.
Je me suis assis mécaniquement, et j’ai mordu dans une tartine nappée de beurre et de confiture. Soudain, la voix de maman me fit revenir à moi. J’avais une autre tartine à la main, et la bouche grande ouverte, j’étais plongé dans mes pensées.
– Qu’est-ce qu’il y a ? m’interrogea maman.
– Rien, tout va bien.
– Bah, dépêche-toi de finir si tu ne veux pas être en retard à l’école, mon poussin ! dit maman.

Fin

S. DESBOIS